Cet article a été rédigé en collaboration avec les professionnels de santé de sanoMidVie afin de fournir des informations fiables et précises.
Un mot sur l'expérience émotionnelle entourant la parentalité
Devenir parent, que l'on ait accouché ou non, transforme votre vie d'une manière à laquelle il est difficile de se préparer pleinement. De nombreuses personnes décrivent ce moment comme le fait de devenir une nouvelle version de soi-même du jour au lendemain.
Certains jours, vous éprouvez peut-être une profonde gratitude et un sentiment de connexion intense. D'autres jours, vous pouvez vous sentir dépassée ou à bout de souffle, inquiète, irritable, émue aux larmes, ou douter de vous-même. Il peut même arriver d’avoir des pensées inattendues, comme (1) :
- Pourquoi ai-je fait ça?
- Suis-je faite pour ça?
- Pourquoi est-ce que c'est si difficile?
Ces pensées peuvent être troublantes, mais elles sont bien plus courantes que la plupart des parents ne le croient.
Entre le manque de sommeil, la récupération physique, les changements hormonaux et du système nerveux, les nouvelles responsabilités, ainsi que la redéfinition de l'identité et des relations, il est normal que cette période soit exigeante sur le plan émotionnel.
Avoir de la difficulté ne veut pas dire que vous échouez.
Cela signifie simplement qu'on vous en demande beaucoup en ce moment.
Comprendre les changements émotionnels après l'accouchement
Ce n'est pas toujours facile de faire la différence entre une période d'adaptation difficile et quelque chose qui demande un accompagnement supplémentaire.
De nombreux parents se demandent :
- Est-ce juste le baby blues?
- Devrais-je persévérer?
- Y a-t-il quelque chose qui ne va pas chez moi?
Voyons cela de plus près.
Le baby blues et le « baby pinks »
Dans les jours qui suivent l'arrivée d'un bébé, il est fréquent que l'humeur et le niveau d'énergie fluctuent.
Certains parents traversent ce qu'on appelle le baby blues : une tristesse légère, des larmes, de la fatigue ou de l'irritabilité qui commencent dans les premiers jours après l'accouchement et qui s'atténuent habituellement en environ deux semaines (2). Environ 84 % des mères vivent le baby blues (3).
D'autres remarquent de courtes périodes où elles se sentent inhabituellement énergiques, optimistes ou « survoltées ». Cela peut même se traduire par un besoin de sommeil réduit (4). Ces expériences — parfois appelées le baby pinks ou l'« euphorie post-partum » — peuvent aussi survenir au tout début et se résorbent souvent d'elles-mêmes. Environ une personne sur dix ayant accouché vivra le baby pinks, les symptômes atteignent leur sommet du troisième au septième jour et durent habituellement une à deux semaines, bien qu’ils puissent persister pendant six à huit semaines. Ce qui importe le plus, c'est la durée des symptômes et leur effet sur le quotidien.
Si les changements émotionnels ou d'humeur :
- durent plus de deux semaines
- s'intensifient avec le temps
- ou commencent à nuire au sommeil, aux relations, au travail ou à la capacité de prendre soin de vous ou de votre bébé
… il pourrait s'agir d'un trouble de l'humeur ou d'anxiété périnatal, et ce serait alors une bonne idée d'aller chercher du soutien (5).
Vous n'avez pas à traverser cela seule.
À quel point ces expériences sont‑elles fréquentes?
Beaucoup de parents craignent d'être les seuls à vivre cela. Ce n'est pas le cas.
Au Canada, environ un parent sur quatre (23%) ayant récemment donné naissance rapporte des symptômes compatibles avec une dépression post-partum ou un trouble de l’anxiété (6). Des recherches issues de l'Enquête sur la santé maternelle montrent que la majorité des femmes présentaient des symptômes compatibles avec la dépression postpartum, tandis que d'autres présentaient des symptômes compatibles avec l'anxiété post-partum (7).
Ces expériences peuvent survenir :
- pendant la grossesse ou à tout moment durant la première année après l'accouchement
- autant chez le parent qui a accouché que chez l'autre parent
Troubles de l'humeur et troubles de l’anxiété post‑partum
La dépression post-partum
La dépression ne se manifeste pas toujours par une tristesse constante. Parfois, elle s'installe plus discrètement, sous forme de lourdeur, d'épuisement ou de fatigue émotionnelle (8).
Elle peut se manifester par :
- des pleurs plus fréquents qu'à l'habitude
- de la culpabilité ou des doutes sur ses capacités à prendre soin de son enfant
- des changements d'humeur soudains ou marqués
- un sentiment de tristesse ou de désespoir
- de la difficulté à profiter de son bébé ou des activités que vous aimiez auparavant
- une fatigue extrême, ou de la difficulté à dormir en raison d'un état d'esprit lourd
- des pensées récurrentes comme « je ne suis pas à la hauteur » ou « je n'y arriverai pas »
- des pensées liées au fait de vous faire du mal ou d'en faire à votre bébé*
*Si des pensées liées au fait de vous faire du mal ou d'en faire à votre bébé surviennent, il est important d'obtenir de l'aide immédiatement. Rendez-vous au service d'urgence le plus proche, ou composez ou textez le 988, une ligne d'écoute gratuite et confidentielle, disponible 24 h/24, 7 j/7.
L'anxiété post-partum
L'anxiété post-partum se caractérise par une inquiétude persistante et récurrente qu'un événement grave puisse survenir. Certains parents ont des pensées intrusives selon lesquelles leur bébé se retrouve blessé, de manière accidentelle ou intentionnelle. Ces pensées peuvent être effrayantes et donner le sentiment de ne pas se reconnaître (9).
Elles peuvent se manifester par :
- des inquiétudes constantes ou des pensées qui défilent à toute allure
- des pensées ou images intrusives
- le besoin répété de vérifier ou de se faire rassurer
- de la difficulté à se reposer à cause des inquiétudes et des peurs
- des sensations physiques comme des palpitations, des étourdissements, des malaises digestifs ou un sentiment général de mal-être
Le trouble de stress post‑traumatique post-partum
Un stress post-traumatique post-partum peut survenir à la suite d'un accouchement ou d'une expérience post‑partum perçue comme effrayante ou accablante, même si elle a pu sembler « de routine » aux yeux des autres. Ce traumatisme peut découler d'une grande inquiétude pour votre santé ou celle de votre bébé pendant l'accouchement, d'une douleur extrême, de complications obstétricales ou encore du sentiment de ne pas avoir été soutenue par le personnel, ou du sentiment d'avoir été traitée de façon irrespectueuse (10).
Cela peut se manifester par :
- des retours en arrière (flashbacks), des cauchemars ou des souvenirs intrusifs (11)
- le fait d'éviter tout ce qui rappelle l'accouchement ou le début de la période post-partum (12)
- le sentiment d'être constamment à cran, sur-le-qui-vive ou émotionnellement engourdie
Ces réactions témoignent simplement d'un système nerveux qui cherche à vous protéger.
La psychose postpartum
La psychose post-partum est rare, mais grave, et nécessite des soins médicaux immédiats. Elle touche environ 1 à 2 nouvelles mères sur 1 000 et débute habituellement dans la première à la troisième semaine suivant l'accouchement (13).
Les signes peuvent inclure :
- de la confusion ou une déconnexion de la réalité
- des hallucinations
- des changements d'humeur extrêmes ou très rapides
- une perturbation sévère du sommeil
Si vous présentez l'un ou l'autre de ces symptômes, il est important d'obtenir de l'aide sans tarder. Vous rendre au service d'urgence le plus proche constitue un moyen sûr et rapide d'accéder à des soins.
La santé mentale post-partum du parent qui n'a pas accouché
On discute souvent de la santé mentale post-partum comme si elle ne concernait que la personne qui a donné naissance. Pourtant, les parents qui n'ont pas accouché sont également à risque, et leur réalité importe tout autant.
Que veut-on dire par « parent qui n'a pas accouché »?
Cette expression désigne toute personne occupant un rôle parental qui n'a pas donné naissance, notamment :
- les pères
- les partenaires non gestationnels
- les parents adoptifs
- les parents de même genre
- les beaux-parents et autres proches aidants principaux
L'utilisation d'un langage inclusif permet de s'assurer que personne ne se sente laissé de côté ou incompris (14).
Pourquoi les parents qui n'ont pas donné naissance peuvent aussi éprouver des difficultés
Les recherches montrent qu'entre 7 % et 9 % des nouveaux pères développent une dépression post-partum, et que les taux d'anxiété périnatale chez les parents n'ayant pas donné naissance varient de 5 % à 15 %. Lorsqu'un parent qui a donné naissance vit une dépression post‑partum, sa ou son partenaire a 50 % plus de risques d'en développer une aussi (15).
Les parents lui n'ont pas donné naissance subissent souvent plusieurs des mêmes pressions, parfois en silence, parfois sans que cela soit reconnu.
Cela peut inclure (16) :
- des changements soudains de rôle et d'identité
- une responsabilité financière accrue
- moins de temps pour se reposer ou entretenir des liens sociaux
- des tensions dans la relation de couple
- des perturbations du sommeil
- le sentiment de ne pas savoir où vous vous situez ou comment aider
- la pression de « tenir le coup » pour les autres
- des changements hormonaux (des recherches montrent que les pères vivent aussi des changements hormonaux, notamment une baisse de testostérone, pendant et après la grossesse)
- un sentiment de déconnexion envers le bébé ou le partenaire
Comment savoir si de l'aide pourrait être nécessaire
Se sentir « pas dans son assiette » est une raison suffisante pour faire le point.
Si des expériences décrites dans cette ressource semblent familières, du soutien est disponible. Votre coach en santé sanoVie peut vous aider à explorer les moyens d'obtenir de l'aide.
Un rappel important
Demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse.
C'est la preuve que vous écoutez vos besoins.
Prendre soin de votre santé mentale est l'une des démarches les plus précieuses que vous puissiez faire pour vous-même, votre bébé et votre famille.
Pourquoi un soutien précoce fait toute la différence
Certains parents hésitent à solliciter de l'aide parce qu'ils estiment devoir s'en sortir seuls ou qu'ils craignent d'être jugés. Parmi les parents au Canada qui présentent des symptômes correspondant à la dépression ou l'anxiété post-partum, environ 42 % ne reçoivent aucun traitement 15.
Lorsque le soutien commence plus tôt, les symptômes sont souvent plus faciles à gérer, la capacité à faire face au quotidien s'améliore, et il peut devenir plus facile de renouer avec soi-même, tout en retissant les liens avec son bébé et son entourage.
Traiter les troubles de l'humeur et de l'anxiété post-partum, c'est agir dès la petite enfance.
Les recherches démontrent que les nourrissons dont la mère vit une dépression présentent un risque accru de développer un attachement insécurisant, des difficultés à réguler leur attention et leurs émotions, ainsi qu'une affectivité négative (16). En grandissant, les effets peuvent se traduire par un développement cognitif et langagier retardé, des taux plus élevés de problèmes de comportement, et un rendement scolaire plus faible (17).
La bonne nouvelle? Un traitement qui inclut un accompagnement de la relation parent-enfant peut améliorer à la fois l'humeur maternelle et le développement cognitif de l'enfant (18).
Lorsque les parents reçoivent un traitement efficace, la recherche démontre des améliorations dans les domaines suivants :
- L'interaction parent-enfant : un traitement axé sur des interactions sensibles et adaptées aux besoins du nourrisson favorise de meilleurs résultats de santé à long terme chez l'enfant( 19)
- Le développement du cerveau : les premiers mois et les premières années sont une période de développement cérébral rapide. Une réorganisation cérébrale intense a lieu durant les deux premières années de vie, avec des changements directement liés au style d'attachement
- La sécurité d'attachement : un attachement précoce sécurisant peut atténuer les effets à long terme de la dépression post‑partum sur le développement émotionnel et comportemental de l'enfant (20)
- Les compétences cognitives et émotionnelles : les difficultés parentales agissent comme médiateur des effets négatifs de la dépression postnatale sur le développement de l'enfant, incluant le développement cognitif, la sécurité d'attachement et la régulation des émotions (21)
- Le fonctionnement familial : les bienfaits du traitement dépassent la relation parent-enfant et renforcent le bien-être global de la famille
Le lien qui vous unit à votre bébé se tisse dès maintenant, au cours de ces premiers mois. La qualité de la relation précoce mère-nourrisson a des répercussions importantes sur le développement émotionnel et comportemental ultérieur (22). Chercher de l'aide rapidement, c'est investir à la fois dans son propre bien-être et dans l'avenir de votre enfant.
Vous n'avez pas à traverser cela seule. Du soutien est disponible, et demander de l'aide est une force, pour vous comme pour votre enfant.
Un mot du point de vue de votre enfant
Si votre bébé pouvait vous parler, il pourrait vous dire :
C'est à travers toi que j'apprends à connaître le monde. Lorsque tu me regardes, que tu me prends dans tes bras et que tu réponds à mes pleurs, tu m'apprends que je suis en sécurité, que j'ai de l'importance et que le monde est un endroit où je peux avoir confiance.
Aller chercher de l'aide, ce n'est pas me priver de quelque chose. C'est me donner ce dont j'ai besoin : un parent capable de me voir, de penser à moi et de m'aider à apprivoiser mes grandes émotions. Lorsque tu prends soin de ta santé mentale, tu prends aussi soin de la mienne.
Je n`ai pas besoin d'un parent parfait. J'ai besoin d'un parent qui guérit, qui grandit et qui est là pour moi — même lors des journées difficiles. En demandant du soutien, tu m'enseignes une leçon essentielle : que demander de l'aide est une force.
Ton bien-être et le mien sont liés. Quand tu te sens mieux, je le ressens aussi. Ta guérison, c'est aussi la mienne.
Obtenir de l'aide au Canada
Le soutien peut inclure :
- votre médecin de famille, votre gynécologue-obstétricien, votre sage-femme ou votre infirmière praticienne
- une infirmière en santé publique
- les lignes de santé provinciales (comme le 8-1-1)
- un thérapeute formé en santé mentale post-partum
- des groupes de soutien communautaires ou d'entraide entre pairs
Si vous avez des pensées liées au fait de vous faire du mal ou d'en faire à votre bébé, il est important d'obtenir de l'aide immédiatement. Vous pouvez vous rendre au service d'urgence le plus proche, ou composer ou texter le 988, une ligne de soutien gratuite et confidentielle, disponible 24 h/24 et 7 j/7.
Références
- https://sogc.org/en/en/content/events/HUB-Pages/Perinatal-Mental-Health-for-Health-Care-Providers.aspx
- https://www.marchofdimes.org/find-support/topics/postpartum/baby-blues-after-pregnancy
- https://www.canada.ca/en/public-health/services/publications/healthy-living/maternity-newborn-care-guidelines-chapter-5.html?utm_
- https://sogc.org/en/en/content/events/HUB-Pages/Perinatal-Mental-Health-for-Health-Care-Providers.aspx
- https://www.marchofdimes.org/find-support/topics/postpartum/baby-blues-after-pregnancy
- https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/190624/dq190624b-eng.htm
- https://sogc.org/en/en/content/events/HUB-Pages/Perinatal-Mental-Health-for-Health-Care-Providers.aspx
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7910326/
- https://postpartumcare.ca/education/what-is-postpartum-depression/
- https://www.camh.ca/en/health-info/mental-illness-and-addiction-index/postpartum-depression
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7910326/
- https://www.lllc.ca/ppd
- https://www.perinatalwellbeing.ca/psychosis-ptsd
- https://www.camh.ca/en/professionals/treating-conditions-and-disorders/perinatal-mood-and-anxiety-disorders/perinatal-mood---diagnosis
- https://raisingchildren.net.au/grown-ups/looking-after-yourself/mental-health-before-after-birth/antenatal-postnatal-depression-men-non-birthing-parents
- https://www.healthychildren.org/English/ages-stages/prenatal/delivery-beyond/Pages/dads-can-get-postpartum-depression-too.aspx
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7835428/
- https://www.momwell.com/blog/understanding-postpartum-depression-in-dads-and-non-birthing-partners
- https://utswmed.org/medblog/paternal-postpartum-depression/
- https://raisingchildren.net.au/grown-ups/looking-after-yourself/mental-health-before-after-birth/antenatal-postnatal-depression-men-non-birthing-parents
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7910326/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17978316/
- https://link.springer.com/article/10.1186/1745-6215-15-385
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31227074/
- https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1745506519844044
- https://www.frontiersin.org/journals/psychiatry/articles/10.3389/fpsyt.2023.1151897/full
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7216154/
- https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2015.01235/full
Commentaires
0 commentaire
Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire.