Cet article a été rédigé en collaboration avec les professionnels de santé de sanoMidVie afin de fournir des informations fiables et précises.
Vous ressentez des symptômes inconfortables « au niveau intime » : brûlure, pression, fuites urinaires, douleur, pertes inhabituelles. Une question revient souvent : est-ce normal? Est-ce qu’il faut consulter? Est-ce que cela peut attendre le prochain examen annuel? Est-ce que je risque d’être perçue comme alarmiste?
Ce qu’on explique rarement, c’est que de nombreuses femmes tardent à consulter pour des symptômes génito-urinaires par gêne, parce qu’elles ne savent pas si la situation est « assez grave », ou parce qu'elles n'ont pas été prises au sérieux par des professionnels de la santé par le passé. Pendant ce temps, les symptômes peuvent s’aggraver, la qualité de vie diminuer, et des problèmes pourtant traitables devenir chroniques.
Ce guide vise à vous aider à reconnaître les signes qui nécessitent une attention immédiate, les symptômes qui méritent une consultation rapide, le vocabulaire clinique qui peut faciliter les échanges avec les professionnels de la santé, et surtout, à faire confiance à votre ressenti lorsque quelque chose ne semble pas normal.
Comprendre la santé génito‑urinaire : les bases
Le système génito-urinaire comprend la vessie, l’urètre, le vagin, la vulve ainsi que les structures pelviennes environnantes. Ce système est fortement influencé par les hormones (particulièrement l’œstrogène), ce qui explique pourquoi les symptômes génito-urinaires deviennent plus fréquents pendant la périménopause et la ménopause.
Un terme médical important à connaître est le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM), anciennement appelé atrophie vulvo-vaginale. Le SGUM regroupe différents symptômes, notamment : sécheresse vaginale, sensation de brûlure, irritation, douleur lors des relations sexuelles, urgence urinaire, pollakiurie et infections urinaires récurrentes. Le SGUM toucherait jusqu’à 75 % des femmes après la ménopause, mais demeure largement sous-traité, souvent parce que les femmes hésitent à parler de leurs symptômes et que les médecins ne les abordent pas systématiquement.
Symptômes nécessitant une consultation immédiate
Certains symptômes nécessitent une prise en charge médicale rapide, à l’urgence ou dans une clinique sans rendez-vous. N’attendez pas de voir si les symptômes s’améliorent et ne craignez pas de « déranger ». Bien que les symptômes ci‑dessous soient peu fréquents, ils peuvent survenir chez les femmes de tout âge. Dans certains cas, une diminution des niveaux d’œstrogène peut augmenter certains risques en affectant les tissus pelviens et urinaires.
Appelez le 911 ou rendez-vous à l’urgence si vous présentez :
Une douleur pelvienne ou abdominale soudaine et intense qui rend difficile le fait de marcher ou de bouger. Cela peut être associé à une torsion ovarienne, un kyste rompu, une grossesse ectopique ou d’autres urgences médicales.
Des saignements vaginaux très abondants, qui vous obligent à changer de serviette hygiénique ou de tampon toutes les heures, particulièrement s’ils s’accompagnent d’étourdissements, de faiblesse ou d’évanouissements. Cela peut être le signe d’une hémorragie nécessitant une intervention immédiate.
Une forte fièvre (plus de 38,3 °C / 101 °F) accompagnée de douleur pelvienne ou de pertes vaginales inhabituelles. Cela pourrait indiquer une maladie inflammatoire pelvienne (MIP), une infection sérieuse des organes reproducteurs qui peut causer l'infertilité si elle n'est pas traitée.
Une incapacité à uriner ou une rétention urinaire complète. Si vous ressentez le besoin d'uriner mais que vous ne parvenez pas à vider votre vessie, il s'agit d'une urgence médicale qui nécessite un sondage vésical.
Une réaction allergique sévère après l’introduction d’un nouveau médicament (crème vaginale, antibiotique pour une infection urinaire, etc.) se manifestant par des symptômes tels qu’une difficulté à respirer, un gonflement de la gorge ou de l'urticaire généralisée.
L’apparition soudaine de symptômes neurologiques accompagnés de douleur pelvienne ou lombaire : engourdissement de la région génitale, perte du contrôle de la vessie ou des intestins, faiblesse dans les jambes. Cela pourrait indiquer le syndrome de la queue de cheval, une affection de la moelle épinière rare mais grave.
Consultez rapidement dans une clinique de soins d’urgence d'ici quelques heures si vous présentez :
Des signes d’infection rénale (pyélonéphrite) : forte fièvre, frissons, douleur au dos ou sur les côtés, nausées ou vomissements accompagnés de symptômes urinaires typiques. Une infection rénale peut s’aggraver rapidement.
Du sang visible dans les urines (hématurie) : urine rosée, rouge ou brunâtre. Bien qu'elle soit parfois bénigne, la présence de sang peut indiquer une infection, des calculs rénaux ou d'autres affections plus graves nécessitant une évaluation.
Une douleur ou un gonflement vaginal soudain et intense pouvant indiquer un abcès, particulièrement si cela s’accompagne de fièvre ou rend la position assise difficile.
Symptômes nécessitant une consultation rapide (d’ici quelques jours à une semaine)
Ces symptômes ne nécessitent généralement pas une visite à l’urgence, mais ils ne devraient pas être reportés jusqu’à votre prochain examen annuel. Contactez votre médecin ou une clinique sans rendez-vous afin d’obtenir une consultation d’ici quelques jours à une semaine.
Symptômes urinaires
Symptômes classiques d’une infection urinaire : brûlure ou douleur en urinant, urgence urinaire (besoin soudain et intense d’uriner), fréquence (uriner plus souvent qu'à l'habitude), pression pelvienne, urine trouble ou malodorante. N’attendez pas que les symptômes s’aggravent, car l’infection peut remonter jusqu’aux reins.
Langage clinique à utiliser : « Je présente une dysurie [douleur à la miction], une pollakiurie et une miction impérieuse, ainsi qu’un inconfort suprapubien. J’aimerais être évaluée pour une infection urinaire et discuter de la possibilité d’une culture d’urine, et pas seulement d’un test par bandelette réactive. »
Infections urinaires récurrentes : si vous souffrez d’infections de la vessie plus de deux fois en six mois ou trois fois en un an, il vous faut plus que de simples antibiotiques à répétition. Demandez une évaluation des causes sous-jacentes et des stratégies de prévention.
Langage clinique : « J’ai eu trois infections urinaires confirmées au cours des six derniers mois. J’aimerais discuter d’une évaluation pour infections urinaires récurrentes, d’un possible syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) et des stratégies préventives incluant l’oestrogénothérapie vaginale si cela est approprié. »
Nouvelle incontinence urinaire ou aggravation des symptômes : fuites urinaires lors de la toux, des éternuements, du rire ou de l’exercice (incontinence d’effort), ou envie soudaine et incontrôlable d’uriner (incontinence d’urgence). Cela ne fait pas partie du processus normal de vieillissement et il existe des traitements efficaces.
Langage clinique : « Je souffre d’incontinence urinaire, plus précisément [décrire les symptômes]. J’aimerais discuter de rééducation périnéale avec un physiothérapeute, de modifications comportementales et d’autres options de traitement. »
Difficulté à vider complètement la vessie : impression de ne pas vider complètement la vessie, jet urinaire faible ou besoin de pousser pour uriner. Cela peut favoriser les infections urinaires récurrentes et nécessite une évaluation.
Symptômes vaginaux et vulvaires
Sécheresse vaginale ou brûlures persistantes qui affectent la qualité de vie, particulièrement pendant la périménopause ou la ménopause. Il peut s’agir du SGUM, une condition qui se traite très bien. Vous n'avez pas à souffrir.
Langage clinique : « Je présente des symptômes de SGUM incluant sécheresse vaginale, irritation et dyspareunie [douleur lors des relations sexuelles]. J’aimerais discuter des options de traitement, y compris l’oestrogénothérapie vaginale de remplacement. »
Douleur pendant les relations sexuelles (dyspareunie) nouvelle, persistante ou qui s’aggrave. La douleur peut être à l’entrée du vagin, en profondeur ou les deux. Cela mérite une évaluation; les relations sexuelles ne devraient pas être douloureuses.
Langage clinique : « Je présente une dyspareunie. La douleur est [à l’entrée/en profondeur/partout]. J'ai besoin d'un examen pour exclure le SGUM, une infection, un dysfonctionnement du plancher pelvien ou d'autres causes possibles. »
Pertes vaginales inhabituelles : changement de couleur (vert, gris ou jaune), de texture ou d’odeur, particulièrement avec démangeaisons, brûlures ou irritation. Cela peut être lié à une vaginose bactérienne, une infection à levures ou une ITS.
Langage clinique : « Je présente des pertes vaginales inhabituelles : [décrire les caractéristiques]. J’aimerais une évaluation incluant un examen à l’état frais, une mesure du pH et possiblement un dépistage des ITS. »
Démangeaisons, brûlures ou douleur vulvaire persistantes ou intenses. Il ne faut pas toujours présumer qu’il s’agit simplement d’une infection à levures. Certaines conditions vulvaires chroniques nécessitent un diagnostic précis.
Langage clinique : « Je présente [des démangeaisons/des brûlures/des douleurs] vulvaires depuis [durée]. J’aimerais une évaluation et possiblement une biopsie vulvaire ou une référence vers un spécialiste de la vulve si les traitements habituels ne fonctionnent pas. »
Toute lésion, bosse ou excroissance vulvaire nouvelle, changeante, qui saigne ou qui vous inquiète. La plupart sont bénignes, mais elles doivent être évaluées.
Symptômes pelviens
Pression ou sensation de lourdeur pelvienne qui augmente au fil de la journée, impression que « quelque chose descend » ou sensation de tissu qui ressort du vagin. Cela peut évoquer un prolapsus des organes pelviens.
Langage clinique : « Je ressens une pression pelvienne et une sensation de bombement vaginal correspondant à un possible dysfonctionnement du plancher pelvien ou à un prolapsus. J’aimerais un examen pelvien et j'aimerais discuter des options de traitement, incluant la physiothérapie pelvienne. »
Douleur pelvienne chronique présente depuis plus de six mois et ayant un impact sur votre vie quotidienne, votre travail ou vos relations. Il s'agit d'une condition complexe qui mérite une évaluation spécialisée
Saignements après la ménopause : tout saignement vaginal après 12 mois sans menstruations doit être évalué afin d’exclure des causes plus sérieuses, notamment certains cancers.
Langage clinique : « Je présente des saignements postménopausiques. Je comprends qu’une évaluation est recommandée, incluant une échographie transvaginale et possiblement une biopsie de l’endomètre. »
Quand vos symptômes sont minimisés : des phrases pour mieux vous faire entendre
Malheureusement, de nombreuses femmes rapportent que leurs symptômes génito-urinaires sont banalisés ou minimisés. Voici quelques exemples de réponses qui peuvent aider à faire valoir vos besoins de façon claire et constructive.
Si on vous dit : « C’est normal avec l’âge » ou « C’est normal à la ménopause »
Votre réponse : « Je comprends que ces symptômes soient fréquents pendant la ménopause, mais ils affectent ma qualité de vie. Il existe des traitements fondés sur des données probantes pour le SGUM. J’aimerais discuter de l’oestrogénothérapie vaginale de remplacement et d’autres options possibles. »
Si on vous dit : « Utilisez simplement un lubrifiant » pour la sécheresse vaginale
Votre réponse : « Les lubrifiants peuvent aider pendant les relations sexuelles, mais ils ne traitent pas les changements des tissus associés au SGUM. Je ressens des symptômes qui vont au-delà de la simple sécheresse lors des rapports, notamment [décrire les symptômes]. J’aimerais discuter de l’oestrogénothérapie vaginale, dont l’efficacité pour traiter le SGUM est solidement prouvée. »
Si l’on refuse de vous faire passer un test pour une possible infection urinaire
Votre réponse : « J’aimerais discuter de la possibilité d’une culture d’urine et non seulement d’un test par bandelette réactive. La culture permet d’identifier la bactérie spécifique et sa sensibilité aux antibiotiques, ce qui est particulièrement important dans le cas d’infections récurrentes. Veuillez noter à mon dossier que vous refusez de prescrire ce test. »
Si on vous conseille de « faire simplement des exercices de Kegel » pour l’incontinence sans évaluation appropriée :
Votre réponse : « Les exercices de Kegel peuvent être utiles, mais j’aimerais d’abord une évaluation afin de déterminer s’il s’agit d’une incontinence d’effort, d’urgence ou de type mixte, et si la physiothérapie pelvienne serait appropriée. Faire des exercices de Kegel par soi-même peut parfois aggraver les symptômes s’ils sont mal exécutés. »
La phrase « magique » lorsque vous n’êtes pas prise au sérieux :
« J’aimerais que ma demande concernant [test/traitement/référence] soit notée à mon dossier, incluant la décision actuelle. » « Veuillez noter à mon dossier que j’ai demandé [un test / un traitement / une référence] et que vous avez refusé. Je tiens à ce que cette discussion soit consignée. »
Cela incite souvent les professionnels de la santé à reconsidérer leur position et, dans le cas contraire, cela crée une trace écrite pour votre suivi médical ou en cas de complications futures.
Se préparer pour votre rendez-vous
Une bonne préparation peut vous aider à tirer le meilleur de votre consultation.
Suivez vos symptômes pendant 1 à 2 semaines : notez la fréquence des symptômes d'infection urinaire, le nombre d'épisodes d'incontinence, le niveau de douleur (sur une échelle de 1 à 10), le moment où les symptômes apparaissent et ce qui les améliore ou les aggrave.
Faites une liste de tous vos médicaments et suppléments : incluez également les produits en vente libre.
Connaissez vos antécédents : quand les symptômes ont-ils commencé? Quels traitements avez-vous déjà essayés? Avez-vous déjà eu des infections ou des chirurgies par le passé?
Écrivez vos questions : ne vous fiez pas à votre mémoire. Apportez une liste écrite.
Soyez précise et utilisez des termes cliniques : dire « Je présente une dysurie et une pollakiurie » est plus efficace que de dire « Ça me fait parfois mal quand j’urine ».
Amenez une personne de confiance si cela vous aide : elle pourra vous aider à retenir les informations ou vous soutenir.
Demandez des clarifications : si une explication n’est pas claire, n’hésitez pas à demander à votre médecin de la reformuler autrement.
Votre santé génito-urinaire est importante
Ces symptômes ( brûlures, fuites urinaires, douleur, sécheresse ou pression pelvienne) ne sont ni des défauts personnels, ni des signes de vieillissement que vous devez accepter, ni des sujets trop embarrassants pour être abordés. Ce sont des symptômes médicaux qui méritent une évaluation et un traitement professionnels.
Vous connaissez votre corps. Faites confiance à votre ressenti lorsque quelque chose ne semble pas normal. Continuez à défendre vos besoins pour obtenir les soins que vous méritez. Et n'oubliez pas : demander de l'aide n'est pas une réaction excessive. C'est prendre soin de votre bien-être et de votre qualité de vie.
Votre santé génito-urinaire influence directement votre confort au quotidien, votre fonction sexuelle, votre santé mentale, vos relations et votre bien-être global. Elle mérite attention, respect et soins de qualité.
Si vous présentez certains des symptômes décrits dans cet article, n’attendez pas. Communiquez avec un professionnel de la santé, une clinique ou un spécialiste dès aujourd'hui. Votre santé en vaut la peine.
Références :
Genitourinary Syndrome of Menopause (GSM) - Brigham and Women's Hospital
Perimenopause - Symptoms and causes - Mayo Clinic
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Genitourinary Syndrome of Menopause - StatPearls - NCBI Bookshelf
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Urinary Tract Infection(UTI): Symptoms, Diagnosis & Treatment - Urology Care Foundation
Cauda Equina Syndrome: What It Is, Symptoms & Treatment
Kidney Infection (Pyelonephritis): Symptoms & Treatment
Blood in urine (hematuria) - Symptoms and causes - Mayo Clinic
Kidney Stones | National Kidney Foundation
Pelvic Pain: Causes, Diagnosis, Treatment & Relief
Urinary Tract Infection(UTI): Symptoms, Diagnosis & Treatment - Urology Care Foundation
Suprapubic Pain: Symptoms, Causes, & Treatment Options
Urine Culture: What It Is, Purpose, Procedure & Results
Bacterial Vaginosis - STI Treatment Guidelines
Yeast infection (vaginal) - Symptoms and causes - Mayo Clinic
Sexually Transmitted Infections (STIs): Sexually Transmitted Diseases (STDs)
Pelvic Organ Prolapse – Mayo Clinic
ASK Physiothérapie - Centre de rééducation périnéale et pelvienne
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